L'orgue

© Roger Bottet

Un peu d’histoire

En remontant dans le temps voici ce que l’on sait :

En 1855, Pierre-Alexandre DUCROQUET (facteur d’orgue – Paris) installe un petit instrument mais en tribune. Ce premier orgue fut présenté à l’exposition universelle de Paris la même année. Puis en 1920, Henri FIRMIN (facteur d’orgue – Saint Pair – Manche) effectue un relevage. C’est en 1942 que Louis GOBIN (facteur d’orgue – Clermont-Ferrand) relève et agrandit l’instrument.
Il faut attendre 1978 où, en raison d’une dégradation de l’orgue DUCROQUET, l’idée de construire un orgue neuf prend corps à l’initiative de l’organiste et compositeur André Jorrand (1921-2007).
Entre 1980 et 1982, Gérald Guillemin construit un orgue neuf, selon l’esthétique allemande, qui a été installé au sol au fond de la nef. Il est inauguré le 16 octobre 1982.
Il sera révisé en 2004, puis restauré par l’entreprise PESCE (Pau-Pyrénées atlantiques), grâce au concours de la Fondation du Patrimoine.
Il est la propriété de la commune d’Aubusson qui en assure l’entretien.
Pour information, L’ancien orgue a été vendu à un musée aux USA, « The house of hope organ » où il a été restauré.
Source : https://orgue-aquitaine.fr/Orgue-d-Aubusson-Eglise-Sainte-Croix.html brochure « les Orgues de la Creuse » (Conseil départemental de la Creuse).

Situation

L’orgue est installé à AUBUSSON (CREUSE) dans une église qui a été construite au 13ème siècle dans le style roman par les vicomtes d’Aubusson pour abriter les reliques de la Sainte-Croix. Après les guerres de religion, les nefs ont été remaniées dans leur forme actuelle au cours du 17ème siècle. L’édifice se compose de trois nefs et d’un chœur terminé par une abside semi-circulaire remaniée au 19ème siècle. Deux chapelles absidiales bordent le chœur. L’église comporte des œuvres intéressantes dont évidemment des tapisseries d’Aubusson mais aussi des tableaux et des sculptures ainsi qu’une cuve baptismale en pierre sans doute du 13ème siècle. A noter que la contre façade n’a pas d’ouverture et que le portail de l’église est situé sur la façade nord au haut d’un grand escalier

Description générale

Le superbe buffet dont la façade et les côtés sont en chêne massif et le fond en sapin de Savoie, est composé de 5 tourelles dont une centrale et deux latérales de Pédale ainsi que de 17 plates-faces formant une façade de 110 tuyaux en étain. La hauteur du buffet est de 8 mètres, pour une largeur de 5,5 mètres et une profondeur de 2,5 mètres. La console centrale est dite en fenêtre fermée par deux volets ouvragés. Les tirants de registres sont de forme carrée avec grosses pommettes chantournées. Les étiquettes sont en parchemin. Les 6 sommiers sont faits de chêne.
L’instrument est du style classique des orgues SILBERMANN d’Allemagne du Nord (18è siècle).
Le tempérament inégal de cet orgue est donc de type SILBERMANN, pour un diapason du La à 440 herz.
https://www.resmusica.com/2009/09/12/le-coup-de-foudre-pour-un-silbermann-reconstitue

Il dispose de 27 jeux, de 1694 tuyaux.

© Roger Bottet
© Roger Bottet
© Roger Bottet
© Roger Bottet

Composition et répartition des registres

Il existe 2 claviers manuels, en tilleul, ébène et os, de 56 notes (C1 – G5) et un pédalier de 30 notes (C1 – F3) avec une transmission mécanique tout comme le tirage de jeux.

© Roger Bottet
© Roger Bottet

L’accouplement Récit / GO est à tiroir, s’ajoute une tirasse GO / P.

Il possède un tremblant doux.
L’ensemble de l’instrument est en bon état et jouable.

http://orguesfrance.com/AubussonSteCroix.html

GRAND ORGUE RÉCIT PÉDALE
56 notes 56 notes 30 notes
Gemshorn 8'
Voce humana 8'
Quintaden 16' Gedakt 8'
Principal 8' Rohrflöte 4'
Rohrflöte 8' Nazard 2' 2/3
Octava 4' Octava 2' Subbass 16'
Spitzflöte 4' Quinta 1' 1/3 Octavbass 8'
Quinta 2' 2/3 Sifflöt 1' octavbass 4'
Octava 2' Cimbel III
Mixtur V Sequialtera II Posaunenbass 16'
Trompettenbass 8'
Trompette 8' Barpfeife 8' Cornett 2'
© Roger Bottet
© Roger Bottet

Maintenance

C’est un facteur d’orgue qui en assure l’entretien 1 à 2 fois par an en réparant les problèmes soulevés par les organistes (une note qui est muette ou qui se bloque, un cornage dans les périodes d’humidité) et il accorde l’instrument ce qui prend beaucoup de temps. L’orgue a été d’abord révisé en 2004, pour être restauré en 2006, avec le concours de la Fondation du patrimoine, par cette même entreprise. (source brochure « les orgues de la Creuse » – N. Jammot).

Stéphane PESCE à l’orgue d’Aubusson – juillet 2024

Actuellement, l’entreprise PESCE Frères et Fils en a la charge, c’est une entreprise familiale fondée à Pau en 1949 par Antoine PESCE.
Spécialisée dans la construction d’orgues neufs, la manufacture compte à son actif la réalisation de plus de 80 instruments de notoriété internationale.
La manufacture PESCE dispose d’un atelier suffisamment important pour y permettre la mise en chantier simultanée, de deux voire trois instruments.
Ils étudient et réalisent des orgues , suivant les techniques traditionnelles et utilisent aussi des matériaux contemporains ayant déjà fait leurs preuves.

Notamment, elle a été mandatée pour la réalisation d’un orgue contemporain à Voisins Le Brotenneux (Yvelines), l’église Saint-Joseph-le-bienveillant. https://orgue-voisins.fr/le-projet

Elle attache une grande importance à la qualité des matériaux utilisés (essences de bois : chêne, merisier, noyer, ébène, buis,…).
Les techniques de travail du bois sont traditionnelles (assemblages des cadres par tenons et mortaises chevillés, panneaux à plate bande, gros moulurage, etc…). La construction intérieure des instruments est au reflet de leur aspect extérieur.

Maquette de ce projet retenu exceptionnel

Manufacture d’orgue à tuyaux Eglise Conservatoire et Salon
Parc d’activités Pau Nord
9 rue Gutenberg
64000 PAU (France)

Personnalités et témoignages autour de l’orgue

André JORRAND

André JORRAND

André Jorrand est un compositeur et organiste français 1er titulaire de l’église Sainte-Croix d’Aubusson, né le 27 novembre 1921 à Aubusson et décédé le 15 décembre 2007à Belvès. Il fut également magistrat. Il est inhumé à Ahun. Une rue d’Aubusson porte désormais son nom.
Il fut élève de Maurice Duruflé, Roland-Manuel (CNSM), Henri Dutilleux (École normale de musique de Paris où il obtient la licence de composition et d’orchestration) et de Arthur Hoérée. En 1978, il fonde l’Association des Amis de l’Orgue d’Aubusson. À partir de 1983, il inaugure un stage d’orgue et crée en 1988 le premier festival de musique d’Aubusson : Musique au cœur de la Tapisserie.
Il compose cinq symphonies, les trois premières ayant fait l’objet d’un enregistrement CD (Éditions Billaudot), cinq quatuors à cordes, un premier concerto pour orgue (commande d’État) et un second concerto pour orgue, cordes et timbales, une cantate pour baryton, chœur mixte et orgue (commande de Radio France) : In Paradisum, qui a fait l’objet d’un autre enregistrement CD (Edition Skarbo), ainsi que plusieurs partitions instrumentales et de musique de chambre. Il a enregistré à l’orgue d’Aubusson une cassette de Chorals de Bach.

Pierre VIDAL

Pierre Vidal, né à Clichy le 9 avril 1927 et mort à Mersuay (Haute-Saône) le 5 février 2010, est un organiste, compositeur et musicographe français.
Surtout autodidacte, à 16 ans, il prend des leçons de piano et d’orgue avec Marcel Dupré durant 4 ans. Ensuite, il suit le cours d’harmonie d’Henri Challan au Conservatoire de Paris2. Il lit les grands ouvrages sur la musique d’Albert Schweitzer et Boris de Schloezer. Il se perfectionne en écoutant les Furtwängler, Mengelberg et Münchinger. Il suit les récitals de Wanda Landowska et André Marchal, écoute aussi les enregistrements de Helmut Walcha.
Il eut comme élève le compositeur et organiste André Jorrand.
De 1946 à 1970, il a été titulaire de l’orgue de Saint-Jean-Baptiste de Belleville.
Encouragé par Michel Chapuis, il a été nommé professeur d’orgue au Conservatoire à rayonnement régional de Strasbourg en 1967.
Que ce soit sur les orgues Kern de l’église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux à Paris ou de Saint-Maximin de Thionville et sur l’orgue conçu par Rudolf von Beckerath de l’église Saint-Andreas de Hildesheim, ses enregistrements constituent une magnifique illustration des thèses développées dans ses livres.

GERARD GUILLEMIN, facteur d’orgue
Gérald GUILLEMIN : « Les années 70 voient la redécouverte des orgues anciens européens. La standardisation stylistique de nombre d’instruments construits après la guerre dans nos pays correspond à une étape logique et incontournable (les « progrès »…) mais les jeunes organistes et facteurs d’orgues veulent voir et entendre autre chose ! Ils sont stimulés par les enregistrements de Michel CHAPUIS, de Francis CHAPELET (entre autres…) et ils commencent à voyager hors des sentiers battus. J’ai 31 ans lorsque la commande de l’orgue aubussonnais se concrétise. Malgré un certain nombre de péripéties on peut affirmer, avec le recul nécessaire, qu’elle vient de la rencontre d’André Jorrand, organiste à Ste Croix et de Pierre Vidal, l’un de nos plus grands musiciens et spécialistes de Jean Sébastien Bach. Je pars alors avec Jean Charles Ablitzer de l’autre côté de ce « Rideau de Fer » qui n’existait pas du temps de Bach, afin de voir de près ces fameux Saxons et Thuringeois, de Gottfried Siberman, Tröst, Hildebrandt.. Le coup de grâce est immédiat et plus de vingt années plus tard, je ne renie pas cet amour. Celui-ci m’a évidemment influencé pour la réalisation de l’orgue d’Aubusson qui sera terminé en 1982 et qui, comme le souligne alors un journaliste creusois en titre de son article, représente « 18000 heures de travail et d’amour » pour le concepteur mais aussi pour ses cinq compagnons artisans de l’atelier qui vivent la même aventure ! Je n’ai pas cherché à réaliser un « simple » pastiche car de nombreux paramètres sont différents de ceux des « originaux » de l’ex DDR, et puis il y a deux siècles de recul et « d’évolution » (ou de régression ?) ainsi que ma propre sensibilité. J’ai simplement cherché à m’exprimer librement sur un thème donné, à insuffler vie et chaleur ; plénitude et gravité à ce grand corps sonore, rejoignant un peu par la pensée ce début XVIIIe s. allemand qui me fascine tout autant que le XVIIe s. français ou italien et espagnol Année 2000, année Jean Sébastien Bach ! Plus que jamais, l’orgue est le porte parole de nos sentiments enfouis, il clame notre allégresse, crie notre détresse, appuie notre prière, porte nos espoirs ! Qui mieux que Jean Sébastien Bach finalement, a su faire ce lien, au travers de sa musique et de son instrument entre le Créateur et Nous ? » ALAIN SANTONI, titulaire de l’orgue d’Aubusson.

ALAIN SANTONI, titulaire de l’orgue d’Aubusson
Alain SANTONI : « Depuis 1983 je suis titulaire des orgues Guillemin d’Aubusson et je pense être sans orgueil déplacé, le plus souvent en contact avec cet instrument. Je joue les messes, les services et quelquefois je donne des concerts. Pourtant cet orgue baroque allemand n’a pas toujours été mon ami, loin s’en faut. Habitué à toucher les orgues néo-classique de Montluçon, de Moulins, etc… je le trouvais mauvais accompagnateur, car trop maigre, trop criard et aussi sans relief, enfin surtout trop vert (trop neuf). Malgré tout c’est lui qui a eu raison de moi. Rapidement une osmose s’est produite entre nous, je voulais comme l’avait dit un ancien professeur de ma jeunesse, dominer l’instrument, c’était, à mon avis, la seule manière de ne pas en avoir peur, mais ce ne fut pas une tâche aisée. Tous les soirs, ou presque, par n’importe quel temps, et Dieu sait si les hivers sont froids à Aubusson, je me suis installé à la console et j’ai travaillé des œuvres de J.S. BACH, BUXTEHUDE, etc… J’ai travaillé ma technique et achevé de connaître les possibilités de registrations offertes par ce Pape des Instruments. Les défauts que je reprochais à l’orgue, il y a 18 ans, sont devenus des qualités. La clarté de ses fonds, la beauté de ses jeux de détail et les couleurs de ses anches m’ont fait regarder les instruments Bourbonnais avec un autre œil. Et puis, tous les ans, c’est l’apothéose avec le stage d’orgue et les concerts. Maintenant, je n’ai aucun regret à prêter les claviers, n’éprouvant aucune jalousie vis à vis de ceux qui sont professionnels en la matière, mais en plus je suis extrêment heureux d’entendre d’autres manières de toucher, d’autres œuvres et d’autres passionnés de celui que j’appelle l’instrument complet et surtout qui fait ressentir un plaisir mythique. Je ne regrette en aucun cas d’avoir choisi l’orgue et je suis fier de pouvoir disposer de celui d’Aubusson à tout moment ».

source : http://encreuse.free.fr/asso/orgue/orgue.html

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